" Salauds de jeunes !"
- Juin 2006 -
Horreur au dernier tecknival du 1er mai : de jeunes dealers passent les barrages de police avec des chiens qui ont ingurgité de la drogue et qu’ils éventrent ensuite pour la revendre.
Cette information reprise par la plupart des médias écrits et audiovisuels a un défaut : elle est fausse. Après vérification, il s’avère que ce n’est qu’une rumeur qui a circulé.
On pourrait en rester là… mais on peut aussi se demander pourquoi un rassemblement de plus de 80.000 jeunes suscite une image aussi négative. D’autant plus que ce n’est pas la première fois.
En fait, on constate que notre société n’a pas confiance dans sa jeunesse. Un consensus entre sociologues et économistes est même en train de montrer qu’elle fait les frais du système social et salarial imaginé par nos aînés : DRH et syndicats les considèrent comme des « zappeurs » irresponsables. On note d’ailleurs un écart de salaires croissant entre début et fin de carrière (il est passé de 15 à 40% en 25 ans).
Les réponses apportées à ce problème sont elles mêmes symptomatiques :
Les jeunes ont du mal à accéder à l’emploi ? On crée un contrat discriminatoire de « sous employé » aux droits limités, le CPE, heureusement repoussé par les jeunes eux-mêmes.
Les jeunes insultés de « racailles » à traiter au Karcher par Sarkozy se révoltent dans certains quartiers ? De grands discours et des mesures annoncées en grande pompe. 6 mois plus tard ? Rien…
Il semble que les élus politiques, dont la moyenne d’age et la durée de mandat ne cesse d’augmenter, sont de plus en plus coupés des aspirations de la jeunesse.
Pourtant, certains élus locaux commencent à s’intéresser de prés aux initiatives développées par les jeunes. Lors du festival forum Merci de déranger, beaucoup ont pu constater que les paroles et propositions faites par les nombreuses associations présentes étaient porteuses de sens.
C’est en portant le regard sur les propositions des jeunes qui agissent que l’on pourra nourrir des réformes politiques ambitieuses et légitimes. Pas en laissant de brillants technocrates comme celui qui a imaginé le CPE depuis Matignon continuer à modeler l’avenir.
L’épisode du CPE montre que c’est d’ailleurs aux jeunes eux-mêmes de créer le rapport de force. C’était non seulement une nécessité mais un exercice de démocratie participative (des AG à 4000 votants !) bien plus riche que de nombreuses heures de cours.
Les modes d'expression des jeunes sont souvent porteurs d'une certaine radicalité. Mais quasi systématiquement ces formes d'expressions questionnent des enjeux fondamentaux de société... Vouloir les réprimer ou les censurer serait une grave erreur. J.F Miralles
(L’intitulé de cette Humeur est le titre d'un livre, voir ci-dessous)